+








Bitcoin à la fois présent et absent à Goma

Depuis près de deux ans, bitcoin gagne du terrain au Congo-Kinshasa. Il suffit de prononcer un mot clé comme « cryptomonnaie » à chaque coin de rue pour se rendre compte que le concept n’est pas nouveau. En première vue, tout laisse à croire que le Congo est un terrain conquis par les monnaies numériques. Pour y voir plus clair, nous sommes partis à la rencontre des personnes lambda pour recueillir leurs avis sur le sujet. L’aventure se passe dans la ville de Goma à l’Est du pays.

Bitcoin est connu mais personne (ou presque) n’en a vu la couleur

Avez-vous déjà entendu parler de bitcoin ? L’avez-vous déjà utilisé ? Pourquoi bitcoin ? Nous nous sommes armés de ces simples questions pour réaliser notre petite aventure dans les rues de Goma. L’idée était d’interroger dix personnes toutes les tendances confondues mais nous n’en avons finalement interrogé que 6.

Note : nombreux de ceux que nous avons rencontré n’ont jamais entendu parler de bitcoin. Nous vous présentons uniquement les propos de ceux qui ont déclaré être au courant du sujet. Les noms que nous leur donnons dans cet article ne leur appartiennent pas.

Au début de l’aventure nous sommes tombés sur Eugénie devant son magasin. Vu son apparence, nous pensons qu’elle est âgée d’au moins 40 ans.  Nous lui posons notre première question. Sa réponse est claire : « J’ai entendu parler de ces histoires, ça n’a pas du sens à part le vol [] je n’y placerais plus jamais un seul billet, va chercher quelqu’un d’autre ». Persuadée que notre objectif est de lui vendre un projet du genre MLM, Eugénie était très sûr de ce qu’elle veut, nous n’avons pas eu l’occasion de lui poser une autre question.

Quelques pas plus loin nous rencontrons Jacques, un jeune (la trentaine) devant sa voiture. Ce dernier a déjà entendu parlé de bitcoin et a son opinion sur le sujet ; Il pense qu’« il n’est pas honnête d’espérer gagner de l’argent sans travailler […] c’est tout le problème des cryptomonnaies, ils promettent des intérêts sans jamais vous mettre au courant de ce qu’ils font de votre investissement [] ce n’est pas sérieux, je ne peux pas investir juste parce qu’on me présente un site internet qui me promet des gains ».

Tout laisse à croire que Jacques a fait face à une des arnaques qui règnent dans la ville, heureusement, il n’est pas tombé dans le piège « je ne suis pas dupe » dit-il.

Nous avons continué notre petite marche jusqu’à l’université de Goma où nous avons croisé Fiston et Daniel, deux étudiants à la faculté de droit. En abordant le sujet Fiston souligne très rapidement "l’illégalité du bitcoin" en citant un communiqué de la Banque Centrale du Congo (que nous avons commenté sur Chainglob).

Pour lui, il faut sensibiliser le régulateur afin qu’il règlemente le secteur : « je suis un homme de lois, va faire accepter bitcoin à l’assemblée nationale et reviens, c’est à ce moment-là qu’on pourra discuter ».

Son copain (Daniel) n’est pas du même avis et semble ne rien se soucier de ce que les autorités pensent des cryptomonnaies. Il pense que « c’est l’usage qui fait la loi » avant de lancer : « les autorités n’ont pas à nous donner des leçons ! Plusieurs banques ont fait faillite à Goma sous leurs yeux, ils n’ont rien fait pour les aider à retrouver les fonds ».

Daniel souligne que les cryptomonnaies ont le potentiel de jouer le rôle des banques : « J’ai entendu dire que les cryptomonnaies sont acceptées dans plusieurs pays et que même Facebook est sur le point d’en créer une. Cela prouve que c’est un sujet sérieux et qu’il n’est pas bête de s’y intéresser ».

Daniel a été tellement bavard et coopératif, cela nous a poussé à engager avec lui un échange plus long. Nous lui avons demandé s’il a un jour acheté ou utilisé bitcoin ; sa réponse est « non ! » avant d’argumenter « ceux qui m’en ont parlé ont dit que bitcoin a enrichi plusieurs personnes mais qu’il est impossible d’en tirer profit car il est déjà trop cher, ils m’ont proposé une autre cryptomonnaie bon marché. Si je me lance dans ce monde, je crois que j’irais chercher du côté de projets nouveaux pour avoir toutes les chances de mon côté ».

L’échange avec les deux étudiants a été plus long. Coincés par la pluie sous un hangar dans la cour de l’université, nous avons parlé de plusieurs sujets hors crypto, j’en ai même profité pour prêcher bitcoin, ce qui n’a pas empêché mon côté obscur à les inviter à lire Chainglob chaque fois qu’ils en auront l’occasion pour apprendre davantage.

Retardé par la pluie, l’objectif d’interroger une dizaine de Gomatraciens est devenue impossible à atteindre, nous avons donc cherché deux autres personnes aux alentours de l’université.

Pas loin du hangar, devant un bureau de change, nous avons aperçu Grace, une jeune femme aux accents bitcoiner. Sa réponse à notre première question nous surprend : « la cryptomonnaie c’est l’avenir !». Nous lui demandons pourquoi elle le pense ; elle répond sans tergiverser : « c’est clair que les banques ne font pas correctement leur boulot et ça les arrange, elles ne peuvent pas changer ça ». A la question de savoir si elle a déjà utilisé bitcoin elle répond par un « oui ! » brandissant son smartphone avec à l’écran l’application dont elle se sert de portefeuille. 

Rencontrer Grace m’a donné une raison de pouvoir continuer mon périple. Un courage qui a disparu deux minutes après quand je croise Michael qui nous avertit : « vous devriez arrêter de promouvoir cette histoire, j’y ai perdu beaucoup d’argent. Vous êtes encore trop jeune. S’engraisser sur le dos des autres ne devrait pas être votre objectif [] toutes ces histoires qui reposent sur le fait de faire adhérer les autres devraient être interdites ».     

Telle est l’ambiance que j’ai vécue pendant notre première expérience consistant à choisir des personnes au hasard pour leur demander ce qu’elles pensent de bitcoin. Le constat est simple : A Goma, les cryptomonnaies sont perçues comme des moyens simples d’enrichissement. Au mieux certains n’en ont jamais entendu parler et au pire le petit nombre qui semble les connaitre se sont fait avoir par des projets frauduleux, un signe qu’il y a dans le coin un énorme besoin de vulgarisation sur les fondamentaux.à bientôt pour une nouvelle aventure.


Gloire W

Salut, c’est Gloire

J’entends parler du bitcoin et de sa blockchain en 2014. C’est après la bulle de 2017 que je m’y plonge avec passion, j’en fait mon sujet d’étude.