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Amoureux de goûts ? la Banque Centrale du Congo nous fait la sauce (Tribune)

Comme vous l’avez peut-être lu dans notre récent papier, la Banque Centrale du Congo aurait publié un mémorandum pour tenter de mettre fin à une arnaque à Kinshasa, un geste appréciable. Les choses se confirment, un deuxième communiqué de la même institution prouve à quel point elle semble se lancer dans une bataille visant à mettre nos concitoyens à l’abri d’arnaques de plus en plus populaires aux quatre coins du Pays. Malheureusement, cette prise de responsabilité tant attendue par les bitcoiners de la place révèle un certain nombre d’incohérences notoires.

Comme le titre l’annonce, nous allons parler "sauce". Chaque sujet peut définir ce mot à sa façon selon sa position. Un homme devant une table pense logiquement à cette recette délicieuse qui ne sert qu’à chasser sa soif tandis qu’un apprenti chimiste peut directement penser à un mélange dont on ne peut plus tirer un de composants en entier. Après la cuisson, la tomate et tous ses copains (les ingrédients qui l’accompagnent) deviennent irrécupérables. Je dois cette théorie à un de mes anciens profs de math mais ça c’est une autre histoire. N’étant ni chef cuisinier ni chimiste, je ne vais pas rester là à parler sauce.

Ce qui m’intéresse, c’est un récent message signé de la main de Déogratias MUTOMBO, le gouverneur de la BCC. Comme vous allez le voir, son "communiqué d’alerte" est un mélange parfait de sujets n’ayant aucun rapport les uns avec les autres, pour faire simple il est digne d’une belle sauce.

Rien qu’en lisant le premier paragraphe on s’en rend directement compte :« La Banque Centrale du Congo informe le public que des structures […] procèdent à des opérations de collecte illégale de l’épargne du public au travers des dénominations diverses : - crypto-monnaie -, - monnaie virtuelle -, etc., assorties des taux d’intérêts créditeurs excessifs, des promesses de bonification, […] »

Réponse : c’est un fait, plusieurs structures vendent du rêve en RDC. Mais ici, si bitcoin est concerné, c’est seulement en tant que moyen de paiement pour investir dans ces arnaques. D’ailleurs la plupart d’actifs extorqués localement au public par ces plateformes sont les dollars américains et les francs congolais. Bitcoin n’est que peu concerné. Et, ce n’est pas l’achat de bitcoin qui est conditionné par ces "promesses de gains excessifs".

Il ajoute que la BCC attire l’attention particulière du public sur les activités de « ces structures qui proposent, sans y être autorisées, par la voie de sites internet ou de réseaux sociaux, des investissements sur des produits dérivés, sur des crypto-actifs via des fonds récoltés dans un système pyramidal […] »

Réponse : nous partageons le même avis. En effet ces structures ne font que des activités qui consistent à effectuer la vente pyramidale de produits qui n’existent pas. Les plus connues se présentent comme étant spécialisées dans le trading, l’extraction minière, négociation de matières premières, le gaming, etc. alors qu’en réalité ils ne font rien de tout ça.

L’incohérence totale se révèle quand le gouverneur de la BCC présente les risques liés à l’investissement dans ces plateformes. En effet, au lieu de parler de ces structures qui font circuler une série d’arnaques, il parle de prétendues risques liés au bitcoin. Nous avons décidé de nager dans ce mélange en réagissant directement à ce qu’il présente comme risques. Il s’agit :

·         De l’absence de protection réglementaire pour couvrir les pertes en cas de défaut ou de cessation d’activité dans la plateforme qui gère le stockage des bitcoins ;

 

Réponse : c’est vrai, il n’y a aucun recours si un utilisateur perd ses bitcoins. Tout bitcoiner qui se respecte comprend ce risque. En effet, il n’est pas recommandé de garder ses bitcoins sur une plateforme d’échange. Il est plus sécurisé de les garder sur des wallets qui n’ont pas accès aux fonds et l’utilisateur doit s’assurer d’être en possession de ses clés privées. Cet article vous donne plus de détails sur le stockage des bitcoins.

 

·         Des risques d’utilisation à des fins criminelles et de blanchiment des capitaux préconisant, du reste, l’anonymat dans la réalisation des transactions ;

 

Réponse : Cet argument est révolu. Bitcoin n’est pas anonyme, il est pseudonyme et toutes les transactions sont accessibles au public. Il est donc totalement traçable, contrairement aux monnaies traditionnelles. Nous n’allons pas nous mettre à donner un cours aux criminels mais, s’ils maîtrisent leur « profession » ils ne peuvent utiliser bitcoin pour les transactions. S’il faut un plan de blanchiment d’argent, passer par bitcoin doit être le dernier choix.

 

·         Des risques financiers liés à l’extrême volatilité des bitcoins ;

 

Réponse : Si on lit les différents rapports de la BCC, le dernier étant celui de février 2020, le Franc Congolais a perdu plus de 90% de sa valeur. Pourtant, bitcoin ne date que de 10 ans et sa volatilité sur le long terme est dans le sens positif. Si la BCC n’avait qu’un seul souci : celui de protéger le public de la volatilité, elle devrait peut-être proposer aux citoyens de conserver leur épargne en bitcoin.  

 

·         De l’absence de recours possible en cas de cyber-attaque ou de vol des bitcoins stockés sur les téléphones, ordinateurs, etc.

 

Réponse : Comme nous l’avons signifié plus haut, chaque utilisateur doit s’assurer d’être en possession de ses clés privées. En un peu plus de 10ans, bitcoin n’a pas été piraté, une preuve qu’il est assez solide en terme de sécurité. Les piratages ne sont possibles que sur les plateformes d’échange. Le mieux serait donc d’appeler tous à une garde jalouse des clés privées.

En conclusion, la BCC demande aux congolais d’accroître la vigilance face aux propositions d’investissement sur ces multiples plateformes qui proposent des rendements faciles avant de décliner toute responsabilité pour tout désagrément que subiraient tous ceux qui coopèreraient avec ces structures douteuses.

Nous voyons dans ce message de la Banque Centrale une volonté de protéger nos concitoyens malgré les tonnes de confusions qu’on peut y lire. La BCC serait donc sur le point de rejoindre la communauté locale de bitcoiners qui luttent depuis un long moment contre ces arnaques qui poussent partout dans le Pays.

Par ailleurs, nous pensons qu’il est moins sage de discréditer tout un système monétaire par le simple fait qu’il est utilisé par quelques brasseurs de rêves, plus clairement, la BCC aura-t-elle le courage de publier un tel communiqué citant notre monnaie nationale uniquement parce qu’il existe un contrefacteur dans le coin ? 


Gloire W

Salut, c’est Gloire

J’entends parler du bitcoin et de sa blockchain en 2014. C’est après la bulle de 2017 que je m’y plonge avec passion, j’en fait mon sujet d’étude.