Au Nigéria, le eNaira peine à faire le poids face au Bitcoin

Enaira vs bitcoin

Lancée l’an passé au Nigéria, la monnaie numérique de banque centrale du Nigéria a été présentée par la banque centrale du pays comme la solution d’inclusion financière des non bancarisés et un rempart contre le bitcoin. Une dizaine de mois après, l’eNaira peine à tenir ses promesses.

Moins 1% des Nigérians ont accès à l’eNaira 

Depuis sa mise en ligne en Novembre 2021, l’application donnant accès au eNaira n’a été téléchargée que 840 000 fois selon bloomberg. Ainsi, en une dizaine de mois, la monnaie numérique de la banque centrale ne serait utilisée que par moins d’un million des personnes, soit près de 1% de la population adulte du pays. Plusieurs raisons peuvent justifier cet échec. 

En effet, malgré les multiples promesses d’inclusion financière de la Central Bank of Nigeria, l’eNaira n’est jusqu’à présent disponible que pour les Nigérians ayant déjà un compte bancaire. 

Pourtant, selon le Fonds Monétaire International, 38 millions de personnes adultes soit 36% de la population nigériane n’a pas accès à un compte bancaire. Cette population est de facto exclue de l’offre proposée par le eNaira. 

Bien plus, la promesse de la Central Bank of Nigeria d’étendre la couverture du eNaira à toute personne ayant un téléphone portable demeure non ténue jusqu’à présent. Seuls les Nigérians ayant des smartphones, des comptes bancaires et un accès à la connexion internet peuvent utiliser le eNaira, laissant de côté des millions d’utilisateurs des téléphones 2G. 

Enfin, comme sa version papier, la CBDC Nigériane est exposée à l’inflation et ne protège de ce fait pas les économies des Nigérians contre la perte de valeur.

Les Nigérians tournés vers le Bitcoin 

Bien qu’ils soient méfiants vis-à-vis du eNaira, l’intérêt des Nigérians pour le bitcoin est au plus haut. Malgré la forte répression menée contre les utilisateurs des crypto-monnaies dans le pays, jusqu’à 33,4 millions d’adultes Nigérians, soit 35% de la population adulte du pays, sont détenteurs des crypto-monnaies, selon une enquête de l’exchange Kucoin. Les échanges peer to peer ont aussi augmenté de 16% dans le pays en 2021, atteignant 400 millions de dollars américains. 

Contrairement au eNaira, le bitcoin est accessible à tous, y compris les laissés pour compte par le système bancaire traditionnel. Par ailleurs, à travers des projets comme Machankura, l’accessibilité de l’invention de Nakamoto est encore améliorée. Il est désormais possible d’effectuer des transactions sans smartphone ni connexion internet dans certains pays d’Afrique dont le Nigéria. 

Le Nigéria est un cas d’école pour tous les pays qui pensent que les lois anti-bitcoin et la répression des utilisateurs peuvent freiner son adoption. En effet, il devient de plus en plus évident qu’il ne suffit pas de mettre en place une monnaie numérique de banque centrale pour faire l’ombre au bitcoin. Tant que les populations auront besoin de plus de liberté, de contrôle sur leurs finances et d’une garantie contre l’inflation grandissante, les CBDC n’auront que peu de place dans les transactions financières.  

Stewart

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