Elargir l’écosystème de développement du Bitcoin en Afrique

Bitcoin et Afrique

Le développement du protocole Bitcoin en Afrique, s’il est accompagné d’un environnement réglementaire approprié, pourrait à la fois contribuer au développement du continent et de la technologie. Dans cet article, nous analysons l’état actuel de l’écosystème des développeurs Bitcoin en Afrique, les moyens de l’améliorer et les perspectives d’avenir. 

Depuis 2009, le bitcoin est passé d’une obscure tentative de création d’une monnaie électronique en code source libre, développée par une poignée de programmeurs, à un effort global avec près d’un millier de contributeurs de différents coins du monde, travaillant sans relâche à la maintenance et à la mise au point d’un réseau derrière un actif d’environ 1 000 milliards de dollars.

Malgré la croissance remarquable de son adoption à l’heure actuelle, le nombre de développeurs travaillant à plein temps sur le client de référence de Bitcoin, Bitcoin Core, est bien inférieur à 40, et le nombre de mainteneurs est à un chiffre. Ce sont ces personnes qui, à travers le monde, travaillent jour et nuit sur l’infrastructure fondamentale derrière bitcoin. 

L’une des plus grandes menaces pour l’avenir du bitcoin est le fait de ne pas avoir suffisamment de développeurs qualifiés et talentueux capables de maintenir le code à la base de l’ensemble de son écosystème.

Il est donc non seulement impératif d’élargir ce groupe de développeurs mais aussi de le décentraliser afin de protéger les développements futurs de l’influence d’acteurs et sponsors malveillants.

Contexte actuel du développement du Bitcoin en Afrique

Il y a très peu de développeurs Bitcoin sur le continent africain et le nombre diminue encore plus à mesure que l’on descend dans le terrier du lapin, depuis le Lightning Network (LND) jusqu’à Bitcoin Core.

Le fait que très peu de développeurs travaillent sur Bitcoin est le résultat de multiples facteurs, dont une croyance, largement répandue parmi les développeurs, que Bitcoin est dépourvu d’innovation et qu’il s’agit d’une technologie dépassée (ou du moins qui le sera bientôt). Les projets crypto opérant dans le fameux Web 3.0 sont convaincus de ces perceptions et ne cessent jamais de les propager.  

Ces projets ont tendance à capter une grande partie de l’attention des développeurs, notamment par le biais de hackathons et d’autres voies, y compris des paiements, pour qu’ils travaillent sur leurs plateformes et leurs protocoles.

Ce qui complique davantage les choses c’est l’idée que le bitcoin est une arnaque ou une pyramide de Ponzi et qu’il est principalement utilisé pour des activités illicites. Certaines réalités donnent du crédit à ces croyances aux yeux de nombreuses personnes.  

Par exemple, aux prémices de la popularité du bitcoin dans le monde, de nombreux projets et entités frauduleux en ont profité pour escroquer les masses peu méfiantes. Plusieurs arnaques existent encore aujourd’hui. 

Les médias grand public se sont également mis, très tôt, à diffuser massivement les infimes exemples de groupes malveillants utilisant bitcoin pour financer leurs opérations. Aujourd’hui, une attitude similaire se voit en ce qui concerne les inquiétudes sur la consommation d’énergie du bitcoin.

La plupart du temps, les développeurs ont cette vision erronée du Bitcoin et ne sont donc pas disposés à y prêter attention et encore moins à s’aventurer dans le développement du code de Bitcoin.

Ils supposent également que la communauté des développeurs Bitcoin est toxique et peu accueillante, en se basant sur la petite communauté insolente sur Twitter, ce qui n’est pas très loin de la vérité.

Cependant, pour ceux qui ont surmonté toutes les craintes, incertitudes et doutes (FUD), contribuer à des projets tels que Bitcoin Core ou au développement de Bitcoin en général, est considéré comme extrêmement intimidant.

Mais aussi, dans la pratique, ces développeurs ne considèrent pas le développement de Bitcoin comme un parcours professionnel durable (ils invoquent souvent un manque supposé de financement).  

Bien qu’il ne soit pas surprenant de se rendre compte que le développement de Bitcoin n’est pas une tâche facile, il est exagéré de le considérer comme hors de portée des développeurs, même de ceux qui n’ont pas préalablement d’expérience de travail sur des projets de logiciels-libres. 

Pourtant ce qu’il faut c’est juste un ensemble de compétences acquises, une grande concentration, un changement de contexte mental, des connaissances sur le protocole et le logiciel Bitcoin et une bonne connaissance de la programmation.

La voie à suivre pour développer sur Bitcoin 

Il n’est pas totalement exagéré de considérer la programmation sur Bitcoin comme un choix de carrière fastidieux et non insoutenable. Après tout, la plupart des contributeurs et des développeurs qui travaillent sur le protocole Bitcoin le font bénévolement, comme c’est le cas pour la plupart des projets open-source.

Cependant, la récente multiplication des sources de financement pour les développeurs travaillant sur Bitcoin (Ex : Human Rights Fundation, Bitmex, Spiral, etc) n’a rendu cette affirmation que partiellement vraie. 

Toutefois, je m’en voudrais de ne pas reconnaître les réalités et les limites d’une carrière viable reposant uniquement sur des subventions. Les paiements sont peu fréquents, bien que substantiels. Un tel travail ne peut pas remplacer un emploi traditionnel. En revanche, il existe désormais des subventions d’un an fournies par Brink, par exemple, qui rendent beaucoup plus viable le fait de travailler à plein temps sur Bitcoin.

Types d’emplois pour un développeur Bitcoin 

Il y a lieu d’énumérer les possibilités offertes aux développeurs qui souhaitent se lancer dans le développement sur Bitcoin. Ils ont généralement le choix entre :  

  • Travailler directement sur le protocole Bitcoin (qui est un logiciel libre) et obtenir des subventions ou des parrainages;
  • Travailler dans “une entreprise Bitcoin” et obtenir un salaire; 
  • Être embauché dans une entreprise Bitcoin qui donne la possibilité de travailler sur des projets open-source autour du Bitcoin

Les possibilités susmentionnées ont leurs forces et leurs faiblesses. Par ailleurs, elles restent des voies viables pour les développeurs qui souhaitent travailler au développement de Bitcoin, spécifiquement au niveau du protocole.

En outre, il est essentiel de souligner que le paysage du développement sur Bitcoin comprend de multiples couches de logiciels qui interagissent et forment tout un écosystème. Il ne se limite donc pas à travailler sur des projets au niveau du protocole.

Le développement du Bitcoin va bien au-delà de la maintenance de Bitcoin Core ou de LND. Il comprend leurs implémentations logicielles, les systèmes d’exploitation des nœuds Bitcoin, les librairies de clients, et tout un ensemble de logiciels associés tels que les portefeuilles, les processeurs de paiement et même les plateformes d’échanges.

Par conséquent, les développeurs peuvent toujours contribuer au développement de Bitcoin en travaillant sur des logiciels en dehors des projets au niveau du protocole et apporter une grande valeur ajoutée tout en gagnant leur vie car certains projets sont soutenus par des entreprises qui peuvent les embaucher et leur verser un salaire.  

L’éducation sur Bitcoin 

Toutes les questions abordées jusqu’à présent peuvent d’abord être traitées efficacement par le biais de la sensibilisation ainsi qu’une éducation . Celle-ci doit constituer une offre globale. Elle doit être à la fois technique et pragmatique. 

Par exemple, il est essentiel denseigner aux développeurs l’architecture des portefeuilles, le niveau des protocoles et d’autres concepts fondamentaux, tout en veillant à ce que les utilisateurs finaux apprennent à stocker les bitcoins de manière sécurisée et à acquérir d’autres compétences.

De la formation technique

En essayant de former les développeurs, nous devons les exposer à toutes les possibilités de contribuer au développement open-source ou comme l’a dit un collègue bitcoiner, il faut les amener à participer aux parties peu glorieuses du travail telles que les “labeling issues”, les revues mineurs, la documentation et les simples pull requests.

Il existe encore un gouffre dont nous devons être conscients entre l’ouverture d’un premier pull request et le fait de s’établir en tant que contributeur Bitcoin éligible aux subventions et d’autres formes de financement pouvant permettre de travailler à temps plein. 

 Il est donc très important qu’on s’occupe de ceux qui sont coincés entre l’étiquette de “débutant” et le statut de développeur expérimenté en leur fournissant les connaissances et les compétences fondamentales nécessaires pour se développer et passer progressivement de l’autre côté. 

C’est pourquoi, nous devons veiller à mettre en place et soutenir des programmes, des initiatives et des ressources ciblant cette population. Un problème immédiat auquel sont confrontés les développeurs, quel que soit leur niveau de compétence, c’est le manque de structure pour devenir un développeur Bitcoin, comme c’est le cas pour devenir un développeur web par exemple.

Le travail de Qala

Nous avons besoin de plus de projets et d’initiatives adaptés aux étapes clés du parcours d’un développeur Bitcoin, en commençant par la formation de jeunes développeurs sans d’expérience jusqu’à un stade où ils possèdent les bases techniques et le niveau de compétences nécessaires pour un passage en douce au stade de développement de niveau intermédiaire.

Pour ce faire, des programmes dédiés (en collaboration avec d’autres ingénieurs et développeurs seniors) peuvent les aider à affiner leurs compétences afin de pouvoir travailler dans le secteur, élaborer des solutions innovantes et travailler sur l’infrastructure de base.

C’est dans cette même optique que mes collègues développeurs Bitcoin et moi-même avons eu le privilège de lancer Qala, un programme de développement destiné à former la prochaine génération de développeurs Bitcoin en Afrique

Nous avons l’intention de développer les talents techniques au niveau local et, en même temps, de veiller à ce qu’il y ait un soutien financier adéquat pendant (par le biais de bourses) et après la formation (par un emploi et/ou des subventions) pour faire du développement Bitcoin un parcours professionnel durable. 

Bien que le programme de Qala s’adresse actuellement à des développeurs de niveau moyen et supérieur, il vise à transmettre les connaissances techniques nécessaires pour contribuer au Bitcoin et à son écosystème en général. (Vous pouvez vous abonner à la newsletter de Qala pour suivre l’évolution de l’écosystème Bitcoin en Afrique).

En outre, les centres et organismes d’acquisition de compétences technologiques existants (par exemple les pôles technologiques) doivent être entraînés et dotés des ressources éducatives nécessaires sur Bitcoin pour aider à former et éduquer davantage de développeurs novices. 

Devenir un développeur Bitcoin

En tirant parti des organisations existantes axées sur la technologie et la l’éducation numérique, il serait possible de constituer un vivier florissant de jeunes développeurs. Les hackathons, les boot camps et d’autres programmes associés pourraient être bénéfiques à la progression des développeurs novices vers un niveau intermédiaire puis supérieur. 

Au bout du compte, la présence de programmes tels que Qala et d’autres qui pourraient voir le jour sur le continent offrirait aux développeurs les possibilités suivantes : 

  • Contribuer aux projets orientés protocole tels que Bitcoin Core et LND
  • Contribuer à des projets orientés vers les applications, tels que BlueWallet, BDK et Umbrel
  • Obtenir un emploi dans des entreprises Bitcoin-crypto ou Bitcoin-only
  • Se lancer en solo et élaborer des solutions innovantes dans le grand écosystème Bitcoin

Pour éviter la duplication des efforts, nous devons, à priori, rechercher des talents, créer et parrainer des initiatives locales, et collaborer pour faire avancer les choses et obtenir un pipeline de développeurs compétents, de zéro à un développeur Bitcoin.

Au-delà de l’éducation technique

L’Afrique compte plus d’un millier de langues indigènes, avec des pays non anglophones. La majorité des ressources disponibles sur Bitcoin sont en langue anglaise. C’est pourquoi nous devons également nous engager dans des efforts de traduction pour disponibiliser les connaissances auprès de millions de personnes non-anglophones sur le continent et cela tant du côté des développeurs que des simples utilisateurs du bitcoin. 

Actuellement, des efforts sont déployés dans toute l’Afrique afin de traduire les ressources sur Bitcoin dans différentes langues telles que l’amharique, l’arabe et le wolof, respectivement par Kal Kassa, Arabic_HODL et Fodé Diop. D’autres travaux sont en cours.

Ces efforts sont louables et doivent non seulement être soutenus, mais aussi renforcés et étendus. Le partage de ressources éducatif sur le bitcoin permet d’accroître le nombre de développeurs et d’individus qui peuvent non seulement utiliser le bitcoin comme un outil d’autonomisation économique, mais aussi apporter leur talent et leurs compétences pour élaborer des solutions adaptées aux problèmes auxquels ils sont confrontés.

Bien que le code source des projets puisse être en anglais, la traduction de ressources hors code dans d’autres langues peut favoriser la compréhension et permettre aux individus de se mettre à niveau afin de participer à la conversation mondiale sur le bitcoin.

Par ailleurs, les développeurs et les non-développeurs peuvent également contribuer à la traduction des langues et à la correction de la grammaire ou de l’orthographe (par exemple, dans des projets comme LND). Nous pouvons faire prendre conscience de ces possibilités en éduquant les individus et en les désillusionnant sur les conditions requises pour contribuer et s’équiper des connaissances techniques nécessaires sur Bitcoin. 

En faisant ainsi, nous devons veiller à ce que les projets ne soient pas bombardés de modifications frivoles afin d’éviter de perturber le développement. Nous devons établir des distinctions claires sur ce qui constitue les contributions dont nous discutons afin de garantir que les contributeurs volontaires apportent une valeur ajoutée.

Technique et théorie : les deux face de la pièce Bitcoin

Il est important de rappeler que l’éducation technique et l’éducation non technique doivent être considérées comme les deux faces d’une même pièce, car elles vont intimement de pair. Bien que l’usage des utilisateurs finaux influence la conception et le flux des logiciels, comprendre et communiquer les meilleures pratiques des développeurs est un bon moyen de s’assurer que les utilisateurs ne se nuisent pas à eux-mêmes et ne subissent pas de conséquences économiques, en particulier dans le cas de Bitcoin – par exemple, la perte de fonds due à une mauvaise utilisation du logiciel Bitcoin.

La contribution à l’écosystème de développement de Bitcoin ne se limite pas aux traductions ou à l’apport de code. Il existe d’autres moyens, dans le contexte de l’éducation, d’apporter son aide. Par exemple, les rédacteurs de contenu qui explorent Bitcoin peuvent contribuer de manière significative aux efforts d’éducation en décomposant les concepts, en soulignant les développements et autres détails similaires.

Les artistes et les designers pourraient également utiliser leur talent pour éduquer et faire connaître le bitcoin ou contribuer à améliorer les interfaces utilisateur dans ce sens. En outre, les personnes qui comprennent déjà le bitcoin peuvent contribuer à l’écosystème en éduquant leur entourage immédiat : famille, amis et voisins. Il peut s’agir d’expliquer au mieux ce qu’est Bitcoin ou de leur apprendre à protéger leur phrase mnémonique.

Soutenir le développement du Bitcoin sur le continent

Malheureusement, dans le domaine des logiciels libres, les projets au cœur même d’une pile technologique ont tendance à être sous-financés par rapport aux projets qui en dépendent. Dans le cas de Bitcoin, les développeurs qui travaillent en haut de la pile de développement (c’est-à-dire les portefeuilles, les plateformes d’échanges, etc.) ont tendance à bénéficier de niveaux de financement plus élevés et plus fréquents par rapport à ceux qui travaillent sur des projets plus basiques tels que Bitcoin Core.

Pour développer un écosystème de développement Bitcoin prospère, il est important de financer différents niveaux de développement. La plupart des développeurs Bitcoin travaillent sur des logiciels libres qui n’ont pas de source directe de financement comme c’est le cas pour les développeurs salariés d’une entreprise qui travaillent sur des logiciels fermés. Pour permettre de travailler sur des logiciels libres, qui sont au cœur de l’écosystème Bitcoin, il est essentiel de fournir des moyens de financement, que ce soit par des subventions, des parrainages ou des dons.

Actuellement, il existe des organisations telles que la Human Rights Foundation, Bitmex et Brink, qui offrent une variété de structures de financement allant du parrainage à l’année aux subventions ponctuelles. 

Le nombre croissant de ces organisations et sources de financement depuis le début du développement de Bitcoin témoigne de sa croissance continue et de son importance dans le paysage mondial. À l’avenir, à mesure que le bitcoin sera de plus en plus adopté, il sera très important d’élargir le panier de sponsors disponibles pour soutenir le travail des développeurs.

Pour un développement Bitcoin décentralisé

La décentralisation est au cœur du Bitcoin. Elle s’étend au financement. À terme, il est essentiel de veiller à ce que les sources de financement du développement de Bitcoin soient réparties sur différents territoires. L’une des raisons de cette démarche est d’éviter qu’un seul – ou un ensemble de – sponsors n’utilise son monopole pour influencer ou contrôler le développement et l’avenir de Bitcoin.

Il est utile de décentraliser le pool de financement pour éviter les scénarios dans lesquels le développement dépend d’un seul grand bailleur de fonds – ou d’un ensemble de bailleurs de fonds – qui pourrait se retirer ou faire faillite et laisser les développeurs sans soutien financier.

Il est tout aussi important pour l’avenir du développement de Bitcoin de s’assurer qu’il existe des développeurs indépendants qui ne sont redevables à aucune entité, ce qui pourrait les compromettre – dans le sens où ils deviendraient des vassaux exécutant les ordres de leurs sponsors.

Le soutien financier n’est pas limité aux entreprises bien financées, car les particuliers peuvent également contribuer financièrement aux projets – ils proposent généralement des moyens de faire des dons, par exemple via des adresses Bitcoin – et aux développeurs Bitcoin individuels. Vous ne savez jamais quel impact votre contribution peut avoir sur le projet ou le développeur. Il faut bien plus que des entreprises pour apporter des changements significatifs.

Au-delà du parrainage direct, des subventions et des dons des organisations, les sociétés axées sur bitcoin et les plateformes d’échange peuvent employer des développeurs Bitcoin et les payer pour travailler sur des projets tels que Bitcoin Core (de la même manière que les sociétés engagent des ingénieurs Linux pour travailler sur le noyau (kernel).

Par ailleurs, comme l’a souligné un collègue bitcoiner, ces employeurs pourraient envisager de donner à leurs employés un peu de temps sur leur semaine pour travailler sur Bitcoin, ce qui peut se traduire par une façon de rendre à la communauté Bitcoin sans accorder explicitement des subventions ou des financements. 

Cela présente également l’avantage de les aider en interne, car la plupart des entreprises Bitcoin utilisent et s’appuient sur des bibliothèques et des projets open-source.

Construire une infrastructure Bitcoin vitale

Actuellement, nous connaissons deux asymétries distinctes mais fortement liées sur le continent : (1) entre le nombre de développeurs talentueux et ceux d’entre eux qui travaillent au développement de Bitcoin, et de même, (2) entre le nombre de rampes d’accès et de sortie fiables de Bitcoin et le nombre d’utilisateurs de Bitcoin. 

Il existe un fossé entre les produits ou solutions disponibles et la base croissante des utilisateurs de Bitcoin. Pour corriger ces asymétries, nous devons nous engager dans le renforcement des capacités techniques sur Bitcoin : éduquer et former les développeurs pour augmenter le nombre de cerveaux travaillant sur Bitcoin. 

Un bon nombre de développeurs est indispensable à la création d’outils, de services et de logiciels nécessaires pour relever les défis économiques locaux, simplifier l’accès à Bitcoin et exploiter un réseau monétaire mondial.

La création d’outils, d’applications et de services basés sur Bitcoin permet aux particuliers d’accéder à un réseau de paiement mondial résistant à la censure, ouvert et bon marché. En tirant parti du réseau Lightning, nous pouvons faire des paiements instantanés et quasi-gratuits partout dans le monde

Ceux qui n’ont pas de compte en banque peuvent utiliser le bitcoin pour s’engager dans des activités commerciales locales et globales de manière instantanée, loin de l’oppression gouvernementale et à un coût bien moindre. Le bitcoin est une puissante alternative pour les personnes non bancarisées. En bref, Bitcoin situe l’économie mondiale sous une interface de paiement unique.

“Nous avons tous une seule API et c’est le Bitcoin.”

Carla Kirk-Cohen (ingénieure chez Lightning Labs)

Avec Bitcoin, il est possible de construire une infrastructure qui offre une alternative aux protocoles de paiement existants, inefficaces et peu sophistiqués. En fournissant un réseau de paiement plus fiable, résilient, instantané et moins cher, vous exposez les individus partout dans le monde à un nouvel ensemble de possibilités concernant la façon dont ils communiquent économiquement dans leur localité et avec l’extérieur.

L’autonomisation économique réelle de ces communautés ne peut se faire qu’en travaillant avec ceux qui sont sur le terrain pour exploiter le potentiel et mettre en place des infrastructures et des solutions utiles. 

Dans le cadre de nos efforts visant à développer l’écosystème de développement de Bitcoin, nous devons également nous concentrer sur la construction du protocole de base afin de sécuriser davantage le réseau et d’accroître sa résilience. Dans cette optique, nous devons nous assurer que ce dernier reste décentralisé et ouvert à tous.

L’argument de l’accès distribué au réseau Bitcoin est un élément important à cet égard, en particulier dans les régions en développement qui ne disposent pas d’un accès fiable à internet. A titre d’exemple, le kit satellite et les récepteurs de Blockstream jouent un rôle important car ils fournissent une ligne d’accès directe à Bitcoin, sans nécessiter le recours aux fournisseurs d’accès Internet existants. 

Des communautés vivant dans des milieux reculés peuvent ainsi être assurés d’un accès permanent au réseau Bitcoin, sans craindre d’être exclues en raison de l’insuffisance de l’accès à l’internet.

D’autres solutions hors réseau, telles que les réseaux maillés, seront de plus en plus indispensables à la mise en place d’une infrastructure bitcoin fiable, nécessaire pour desservir des personnes de milieux socio-économiques différents.

Il est également très important de veiller à ce que le réseau Bitcoin reste décentralisé afin qu’il reste ouvert et résistant à la censure. Le fait que les individus dépendent d’un petit ensemble de nœuds augmente les risques d’éclipses (où ils peuvent être isolés du reste du réseau par un adversaire malveillant). 

Bien qu’il existe un risque que les nœuds se connectent à des pairs dans leur emplacement géographique, car cela pourrait fragmenter le réseau, il est toujours crucial de fournir une variété de nœuds de différentes parties du globe pour se connecter et éviter d’être soumis à des attaques potentielles basées sur le réseau.

Le minage du bitcoin

Le minage du bitcoin est une autre facette de l’ensemble de la pile d’infrastructures bitcoin qui doit être distribuée dans le monde entier et éviter les poches de concentration pour maintenir la résistance à la censure. Il est primordial que le minage reste ouvert, compétitif et réparti sur plusieurs zones géographiques.

Une concentration de pools de minage dans une région spécifique pourrait donner lieu à une censure potentielle des transactions d’une origine, d’un type ou d’une nature spécifiques en provenance ou à destination d’adresses présentant un intérêt. Pour illustrer cela, prenons l’exemple suivant :

Un pool de minage pourrait choisir de faire une discrimination (que ce soit pour des raisons idéologiques ou même réglementaires) entre les transactions qui entrent dans la chaîne (en dehors des paramètres de fonctionnement normaux tels que l’analyse de la taille des transactions et du taux de frais), ce qui entraînerait une compromission importante d’une propriété essentielle du bitcoin, la résistance à la censure.

Un autre risque plus communément évoqué est l’attaque à 51 %, dans laquelle un mineur ou un ensemble de mineurs accumule 51 % du taux de hachage du réseau Bitcoin et pourrait mener des attaques telles que la double dépense de jetons. 

Il devient donc beaucoup plus clair sur pourquoi exiger plus de pools de minage distribués à travers le monde est concomitant avec la protection du réseau et de ses utilisateurs contre la censure financière. Au-delà de la répartition des pools de minage à travers le monde, les habitants du continent africain ont tout à gagner à participer au minage de bitcoin.

Le minage du bitcoin pourrait mettre fin au torchage du gaz au Nigeria

Il existe de nombreuses incitations pour les investisseurs et les centrales énergétiques à s’aventurer dans l’industrie du minage. Selon la Banque mondiale, le Nigeria se classe au septième rang mondial des pays qui brûlent le plus de gaz à la torche. Le pays a émis plus de 7 milliards de mètres cubes de gaz en 2020

Une raffinerie de pétrole. (Photo d’illustration) © Anis Belghoul/AP/SIPA

Il est possible d’exploiter ce gaz torché (qui serait autrement rejeté dans l’atmosphère) pour alimenter des ASICs qui servent au minage de bitcoin. Non seulement cela réduira l’empreinte carbone, mais fournira aux entreprises de production d’énergie une source de revenus alternative qui pourra être canalisée vers le développement des infrastructures locales.

Les avantages vont bien au-delà de l’aide à la réduction de la consommation d’énergie et de la pollution existante au Nigeria, puisqu’ils contribuent également à décentraliser davantage la répartition des mineurs dans le monde. 

Développer les communautés grâce au minage du bitcoin

Grâce au minage de bitcoin, nous pouvons produire de l’électricité pour les communautés et développer les infrastructures dans les zones rurales et urbaines. Il est malheureusement vrai que certaines parties de l’Afrique ont des infrastructures énergétiques sous-développées, de la production à la distribution. 

Une ferme de minage au Congo

Il existe plusieurs cas sur le continent où il y a une déconnexion entre la capacité de production d’énergie et la capacité de transmission existante. Par conséquent, dans de nombreux endroits, la livraison d’électricité est peu fréquente, voire inexistante, car l’infrastructure de distribution est tout simplement incapable de transporter l’énergie vers les communautés qui en ont besoin.

Grâce au minage de bitcoin, il est possible de mettre en place des solutions hors réseau dans ces régions sans avoir besoin d’une infrastructure de distribution immédiate ou d’une forte demande locale d’électricité. L’idée est de faire des ASIC les principaux consommateurs d’électricité. Ensuite, les revenus du processus de minage peuvent être utilisés pour investir dans la construction d’infrastructures de transmission et de distribution.

Au départ, les ASIC sont les principaux consommateurs d’électricité. Avec le temps, à mesure que l’infrastructure environnante se développe, l’exploitation minière peut être progressivement réduite, en fonction de l’augmentation de la demande d’électricité par la communauté.

Avec une telle configuration, il est économiquement possible de fournir de l’électricité aux communautés mal desservies et même de construire des infrastructures énergétiques dans ces zones. 

Au-delà des quelques cas d’utilisation identifiés jusqu’à présent, et avec la maturation du développement de Bitcoin sur le continent africain, une foule de possibilités nous attend encore, avec des avantages d’une portée plus importante. Nous devons donc faire les premiers pas vers la maturation de l’écosystème de développement de Bitcoin.

Les perspectives d’avenir 

Pour atteindre le niveau d’adoption qui débloquerait des opportunités économiques transformatrices au niveau individuel et sociétal, nous devons nous engager auprès des législateurs et des gouvernements pour garantir un bénéfice mutuel et des réglementations favorables à Bitcoin. 

Faute de quoi, un grand nombre d’individus, qui ne possèdent peut-être pas l’expertise technique nécessaire pour contourner les réglementations restrictives, se retrouveraient sans aucun moyen d’accéder au Bitcoin.  

Il est donc essentiel d’éduquer et de faire participer les législateurs afin qu’ils comprennent, eux aussi, les avantages qu’il y a à permettre la prolifération et l’intégration du réseau Bitcoin dans le système financier global.

Alors que de plus en plus de pays du continent commencent à comprendre les avantages potentiels au niveau de l’État, nous pourrions même voir des pays, au cours de cette décennie ou de la suivante, très probablement des petits pays, adopter le bitcoin comme monnaie légale, comme l’a fait le Salvador.

Néanmoins, les lacunes et les opportunités citées précédemment ne peuvent être comblées et exploitées qu’en augmentant le nombre de développeurs Bitcoin et d’autres acteurs de l’écosystème pour mettre en place, gérer et entretenir toutes les infrastructures.

Nous sommes au précipice de l’évolution monétaire mondiale, et en tant qu’Africains, nous ne pouvons pas nous permettre d’être en dehors de cette transformation mondiale. Nous devons positionner stratégiquement le continent pour qu’il soit à l’avant-garde du développement mondial de Bitcoin afin de fournir un impact positif net en exploitant les talents existants et en capitalisant sur tous les avantages connexes de Bitcoin.

Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’unir les écosystèmes de développeurs existants (mais fragmentés) à travers le continent afin d’apporter le développement dont nous avons besoin pour construire l’avenir. L’avenir s’annonce radieux, et je suis prudemment optimiste quant au rôle central que jouera le continent africain non seulement pour favoriser le développement du bitcoin, mais aussi pour son utilisation afin de propulser l’Afrique à l’avant-garde de cette révolution monétaire.

Avertissement : cet article est une traduction d’un billet d’opinion d’Abubakar Nur Khalil. Vous pouvez retrouver l’article original (en anglais) sur Bitcoin Magazine.

Chainglob

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