Brève histoire de la monnaie au Congo (RDC)

Inflation

A chaque pays sa monnaie. C’est une question de souveraineté depuis que les politiques se sont arrogés le droit de décider sur la façon dont les individus doivent conclure les échanges. Ainsi, les pouvoirs publics se servent de la monnaie pour financer leur programmes. Mais la monnaie représente bien plus que ça; c’est un outil nécessaire non seulement aux échanges mais aussi au stockage de la valeur. C’est pourquoi la gestion de la monnaie influe naturellement sur la vie des populations. Cet article est le premier d’une longue série. Nous allons passer en revue l’histoire monétaire de chaque pays Africain, ses différentes mutations ainsi que son impact sur les peuples. Aujourd’hui, nos projecteurs se pointent sur la République Démocratique du Congo.   

Du franc congolais au Zaïre : la malédiction de l’inflation  

L’histoire monétaire du Congo (celle bien documentée) commence à 1887, lorsque le colon Belge Léopold II dota à l’Etat Indépendant du Congo (ancienne appellation de la RDC) sa propre monnaie; le Franc congolais (CDF). A l’époque, la valeur du  CDF était équivalente à celle du franc-or belge selon wikipédia. A son lancement, le billet de 100 francs avait le plus de valeur, une réalité qui changea au fil du temps suite à la hausse des prix. 

Ancien billet de 100 fr CDF
Ancien billet de 100 francs congolais

Le franc congolais est resté usuel jusqu’en 1967, sept ans après l’indépendance du Congo (DRC). Ce changement a eu lieu suite à la prise du pouvoir du Maréchal Mobutu qui a changé le nom du pays, celui du fleuve Congo et de la monnaie en Zaïre

A son lancement, 1 Zaïre valait 2 dollars américains. Il a ensuite perdu toute sa valeur au bout de 20 ans, avec le début de l’hyperinflation en 1990. Un dollar US valait 381 Zaïre. Trois ans plus tard, en 1993, la monnaie Zaïroise s’est totalement effondrée. Il fallait donner 110 000 000 de Zaïres pour se procurer 1 dollar américain. C’est avec des millions que les Zaïrois se payaient un simple kilogramme de viande; ils sont tous devenus des millionnaires, sans être riches ! 

Billet 5 millions de zaire
Billet de 5 millions de zaires

Le gouvernement avait tenté, en vain, d’introduire un billet de 5 000 000 de Zaïres en l’utilisant pour payer la solde des militaires. Cette mesure avait déclenché des émeutes car une grande partie de la population avait refusé le nouveau billet pour les paiements. 

Avec une monnaie en chute libre et de moins à moins utilisée ni pour les échanges moins encore comme réserve de valeur, les Zaïrois l’ont abandonné au profit du dollar américain qui continue à dominer l’économie nationale trente ans plus tard.  

Le grand retour “raté” du franc congolais  (CDF)

En 1997, après la chute du Maréchal Mobutu, qui dirigeait le pays d’une main de fer, tout a été fait pour redonner au pays une nouvelle image. Les changements incluent le nom du pays qui est redevenu République Démocratique du Congo et celui de la monnaie qui a repris son ancien nom (Franc Congolais) en juin 1998. C’était le grand retour pour le franc congolais. 

Aujourd’hui, plus de 22 ans après, il peine à trouver suffisamment d’utilité, coincé par l’hégémonie du dollar américain (USD). Ce dernier est au centre de l’économie congolaise à côté d’un franc Congolais dont la valeur est en chute libre depuis sa création. Kayembe wa Kayembe décrit 7 périodes traversées par le franc congolais  dont quatre phases de dépréciation, qui seules nous intéressent, et 3 phases de stabilité relative. 

De 1999 à 2001, LE premier pas raté 

Dès sa remise en circulation, le taux de dépréciation moyen annuel du franc Congolais a été de 73,9 %. Pendant cette période, la Banque Centrale du Congo a renfloué les caisses de manière continue pour, officiellement, faire face aux charges financières liées à l’effort de guerre. Plus clairement, l’Etat a volontairement dévalué la monnaie pour faire la guerre. Résultat : baisse du pouvoir d’achat et près de 6 millions de morts.   

La crise des subprimes, le bouc-émissaire parfait

Entre 2008 et 2009, au plus fort de la crise des subprimes, le Franc Congolais s’est déprécié à un taux moyen annuel de 25,3 % par rapport à la devise américaine. A l’époque, l’effondrement du CDF fut justifié par le choc négatif induit par la crise financière internationale qui a entraîné freiné la croissance économique, celle des recettes publiques et le déséquilibre de la balance des paiements. Les déficits de  l’Etat furent financés par des avances de la Banque Centrale, lesquelles ont gonflé la demande globale et provoqué des bulles sur le marché des changes.

Depuis, la dépréciation du franc congolais ne s’est jamais arrêtée. Entre 2016 et 2017, le taux de dépréciation annuel est remonté à 23,6 %. La descente aux enfers s’est poursuivie en 2020 avec un taux de dépréciation de 12.15%. Ce dernier a été attribué  à  la crise économique déclenchée par la Covid-19. La Banque Centrale du Congo a, comme toujours, financé les déficits de l’Etat par l’impression de la monnaie. En résumé, le taux de change du franc Congolais contre le dollar US s’est apprécié de plus de 20 000 % en seulement 22 ans. 

L’inflation, le prix à payer pour financer l’Etat

La cause principale de l’inflation est bien connue. En effet, chaque fois que l’Etat est en difficulté, il recourt à la planche à billets. La monnaie est créée à partir de rien. Conséquences : dépréciation de la monnaie, hausse des prix et la perte du pouvoir d’achat, les salaires étant rarement adaptés au taux d’inflation. L’action de l’Etat sur la monnaie est  généralement décidée de façon unilatérale, sans consulter le peuple, aussi bien dans les pays démocratiques que dans les dictatures mais le résultat, lui, est obligatoirement payé par tous.  

Outre le fait qu’il faut reconnaître que le retour du Franc Congolais a été frappé de la malédiction d’une guerre d’agression survenue moins de deux mois après son lancement, il faut aussi rappeler que la gestion des gouvernements successifs de l’après réunification n’a pas convaincu jusqu’à présent : les détournements de fonds publics et la corruption suivis de la fuite des capitaux (toujours en devises étrangères) ne peuvent jouer en faveur du renforcement de la monnaie nationale du Congo. 

Par ailleurs, le plus grand problème est fondamental; aucune monnaie étatique ne repose sur rien de solide depuis l’abandon de l’étalon or en 1971. Voilà pourquoi le Franc Congolais n’a pas réussi à jouer le rôle de « réserve de valeur » pour les citoyens Congolais. Ces derniers recourent au dollar américain lui-même en perte de vitesse. La politique monétaire des Etats-Unis est la même : imprimer de l’argent à partir de rien pour espérer booster la croissance. 

Avec la récente réaction de la réserve fédérale américaine pour lutter contre les effets négatifs du Covid, on peut affirmer avec certitude que le destin long terme du dollar US n’est pas si différent de celui du franc congolais. En effet, près de 25 pourcent de la masse monétaire du dollar a été injecté ex-nihilo dans l’économie en une seule année. 

En définitive, bien que malheureux, le peuple congolais devrait se servir de sa frustration pour adopter un autre moyen de stocker la richesse dans le temps, idéalement une monnaie immunisée de l’inflation continue. Dans notre cas, nous pensons que bitcoin (BTC), l’invention de Satoshi Nakamoto, remplit proprement ce rôle. Étant open-source et décentralisé, il est à l’abri du contrôle et des Etats et des entreprises privées. Tout le monde peut vérifier indépendamment son intégrité, une qualité introuvable chez aucune autre monnaie sur terre. 

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