Envoyer l’argent en Tanzanie

Depuis des années, la Tanzanie était un bastion commercial Afrique-Arabe et perse où les échanges se faisaient sans interruption. Jusqu’à ce jour, la Tanzanie pèse sur la balance économique africaine. Nous nous sommes penchées sur le pays en ce qui concerne le secteur des transferts d’argent. Que faut-il pour y envoyer de l’argent ? Combien ça coûte ? Voici tout ce que nous savons à ce sujet.

Transferts d’argent à l’intérieur du pays

La Tanzanie est l’un des pays africains ayant une histoire économique bien ancienne. Pendant les anciennes expéditions, la Tanzanie jouait un rôle important. En effet, le pays était au centre des échanges entre l’Afrique et le monde arabe et indien. Zanzibar était la plaque tournante du commerce d’or, d’ivoire, d’étoffes et d’esclaves.

A l’époque, les transferts se faisaient de main à main avant que l’Etat ne s’attribue le rôle d’intermédiaire. Par exemple, un chef devait se déplacer, accompagné par sa garde, de son village à Zanzibar pour récupérer sa cagnotte envoyée par les colons arabes. Pareille pour tout le monde qui faisait un échange avec un tiers distant. En fait, il était inimaginable que la valeur soit déplacée en dehors de ce protocole. Actuellement, il est possible de déplacer n’importe quelles sommes sans se prendre la tête. Et ça on le doit à l’évolution technologique.

Contexte de l’utilisation des banques en Tanzanie

La Tanzanie ne laisse pas l’évolution technologique derrière son dos. En fait, depuis des années, elle a été en contact direct avec le monde extérieur. Ce qui, à priori, facilite un métissage de civilisation qui a ipso facto un impact sur l’éducation financière. Ainsi, le développement des moyens de transferts entre commerçants locaux et étrangers ont émergé dans le pays.

La Tanzanie compte une population de plus de 59 millions d’habitants. Tout comme la plupart des pays africains, moins de 12 pour cent possède un compte bancaire. Malgré un faible taux de bancarisation, la tendance se renverse en pas de tortue. Et ça, le peuple Tanzanien le doit au mobile money. Dans le pays, la plupart des plateformes mobile money sont interopérables avec les banques. Cette synergie (mobile money – banques) facilite aux résidents du pays l’accès aux services financiers. Que ce soit auprès des plus démunis ou des plus nantis, le mobile money occupe une place importante. Bref, la banque mobile fait sa révolution en Tanzanie et cela profite aux banques.

Etat des lieux de l’adoption du mobile money en Tanzanie

C’est à partir de 2008 que le mobile money a été introduit en Tanzanie. Au départ, le système comptait à peine 200 000 abonnés. En revanche, huit ans après, les choses ont pris une tournure impressionnante. Présentement la Tanzanie est devenue un leader mondial du mobile money. Le marché du pays est partagé entre 7 opérateurs dont 4 dominent. Il s’agit notamment de M-Pesa, Airtel Money, Tigo pesa et Zantel. Les trois autres se partagent une très petite part du marché. Il s’agit de TTCL, Smart et Viettel.

D’après les données de la Monetary Policy Statement de la Bank of Tanzania (BoT), 1.5 milliards de dollars américains soit 2.9 pour cent du PIB ont été échangés via mobile money lors des 10 premiers mois de l’année budgétaire 2017/2018, c’est qui équivaut à une hausse de 78.9% en glissement annuelle. Ce rapport démontre à quel point l’usage du mobile money est bien réel dans la pays.

Envoyer l’argent via mobile money : le prix à payer

Le mobile money a changé la perception des tanzaniens vis-à-vis des services financiers. En effet, L’inclusion financière a pris une autre forme depuis l’introduction de l’argent mobile. Rappelons que la Tanzanie est le plus grand utilisateur mondial du mobile money. Virtuel ou pas, lle mobile money est adopté dans tout le pays. Pour cause, les opérateurs ont su instaurer la confiance au sein de la population.  

De ce fait, ils ont également encouragé les tanzaniens à épargner, emprunter et à s’assurer. En revanche, en dépit des atouts énumérés ci-haut, les frais de transaction restent exorbitants comme vous pouvez le voir entre les lignes qui suivent :

  • M-pesa (ou Ezy pesa) : c’est le réseau mobile money géré par l’opérateur Vodacom. Mpesa domine le marché Tanzanien. D’ailleurs, c’est le pionnier du mobile money sur le continent. Pour envoyer entre 1000 Shilling Tanzanien (TSH) et 2000 via son réseau il faut payer entre 15 Shilling Tanzanien (si la transaction concerne le même opérateur) et 45 TSH (vers un autre opérateur). En ce qui concerne le transfert vers un compte bancaire, 210 TSH sont prélevés comme frais. Pour retirer l’argent en cash, il faut prévoir des frais allant jusqu’à 360 TSH pour le même montant. Il est important de noter que le retrait peut se faire chez un agent M-pesa ou via un ATM.
  • Tigo Pesa : Pour cet opérateur, seules les transactions des montants allant de 1000 à 10 000 000 TSH sont autorisées. En ce qui concerne les frais, pour transférer 6 000 TSH par exemple, Tigo taxe 200 TSH. Pour un transfert vers un opérateur différent, il faut payer 250 TSH. Quant au retrait par ATM ou chez un agent, il faut prévoir 1020 TSH pour les frais, taxe inclus.
  • Airtel Money : Les transferts d’argent internes (Airtel – Airtel) sont gratuits. Toutefois, le gouvernement prélève une taxe sur chaque opération en fonction des montants en jeu. Pour envoyer entre 1000 TSH et 2000 TSH, la taxe est fixée à 10 TSH et 7000 TSH pour envoyer entre 3 000 001 TSH et 10 000 000 TSH.
  • Zantel : pour cet opérateur, le transfert entre 1000 TSH et 1999 TSH est facturé à hauteur de 375 TSH + 10 TSH de taxe. Les frais s’élèvent donc à 385 shillings. Pour un retrait allant de 1000 TSH à 20000 TSH Zantel taxe 385 shilling tanzanien. Si le montant va de 3 000 001 TSH  à 10 000 000 TSH, il faut payer 17 000 TSH.

Vous l’aurez compris, les frais de transferts sont énormes. Ils varient entre 1.5% et 5%. Ce n’est pas tout, les frais peuvent atteindre 20% pour une opération de dépôt en banque. Ils atteignent même 30% pour les retraits en cash (petits montants). Plus la somme est moins importante plus les frais sont très élevés, ce qui constitue une barrière pour les plus pauvres. En outre, le montant limite autorisé pour envoyer l’argent via mobile money est fixé à 10 000 000 TSH (4 300$). Impossible donc d’effectuer une opération commerciale d’envergure via le mobile money. C’est pourquoi la banque reste très utilisée pour ces genres d’opérations.

Envoyer l’argent par la banque

L’interopérabilité entre le mobile money et les banques a fait croître l’inclusion financière en Tanzanie. Auparavant, moins de 12 pour cent de la population avait un compte bancaire. Aujourd’hui, le taux de bancarisation mobile s’élève à 65%. Cependant, la majorité des Tanzaniens se méfie toujours des banques pour les transferts d’argent à l’intérieur du pays.

Toutefois, les plus nantis ont recours à la banque pour effectuer des virements de grosses sommes. Cette même méthode est utilisée pour envoyer l’argent hors du pays. C’est la principale raison de l’existence de plusieurs banques commerciales en Tanzanie. Comme nous l’avons souligné plus haut, les banques forment une synergie avec les opérateurs mobiles money pour faire parvenir les services financiers aux résidents du pays qui étaient jusqu’ici exclus du système bancaire. C’est ainsi qu’il est possible de passer par un mobile money pour épargner ou retirer l’argent sans faire la queue devant une banque.

Le marché bancaire est partagé entre :

  • Akiba Commercial Bank (ACB);
  • Azinia Bank;
  • Bancabc;
  • Bank of Baroda;
  • Commercial Bank of Africa (CBA);
  • Dcb Insurance;
  • Diamond Trust Bank (dtb);
  • Ecobank;
  • Kcb Bank Tanzania;
  • National Bank of Commerce (NBC);
  • Pbz Islamic Bank;
  • Sci Payment Solutions;
  • United Bank for Africa (UBA);
  • Uchumi Commercial Bank (UCB);
  • Benki Kuu ya Mtanzania, la Banque centrale du pays;
  • Etc.

Frais de transfert

Pour envoyer l’argent par la banque il faut avoir un compte courant. Ce luxe n’est pas donné à tout le monde. En effet, comme vous allez le voir, les conditions ne sont pas tenables. Chez Akiba Commercial Bank, à part l’exigence sur l’âge, qui doit être de 18 ans ou plus, il faut payer au minimum 100 000 TZS pour l’ouverture d’un simple compte, sans oublier les frais mensuels de tenue de compte. Pour avoir accès au compte courant, chez Uchumi Bank, les frais sont fixés à 50 000 pour les particuliers et 100 000 TZS pour les personnes morales. 

Nous n’avons pas trouvé les tarifs pour les frais appliqués sur les virements bancaires en Tanzanie.

Envoyer hors du pays

Les services de transfert spécialisés dominent largement le marché de transfert d’argent à l’extérieur du pays. Les plus dominants sont Western Union, Moneygram et Worldremit. A l’absence de l’attractivité des banques, les services spécialisés occupent plus de la moitié du marché. Quant aux rares détenteurs des comptes bancaires, ils envoient l’argent hors du pays par virement. Ce moyen est plus sûr pour des transactions de grosses sommes. Cependant, les exigences ne sont pas tenables par tous. Toutefois le mobile money intervient dans certaines opérations avec les pays limitrophes mais avec un usage restreint.

Voici ce qu’il faut retenir en termes de frais :

Le virement bancaire

Ce moyen est réputé le plus sûr et sécurisé malgré qu’il présente beaucoup de limites. Par contre, le processus est trop lent. En effet, il faut compter entre trois jours ou plus pour que l’argent arrive à destination. Mais aussi, le bénéficiaire doit nécessairement avoir un compte bancaire dans son pays.

Du côté des frais de tarification, pour envoyer une somme de 5000 dollars en Inde par exemple, la bank of Baroda taxe 18 dollars. Au-dessus de 10 000 dollars, le coût va de 180 dollars au minimum et 200 dollars maximum. Nous n’avons pas accueilli assez de données pour la plupart des banques.

Enfin, il est aussi possible de passer par PayPal pour faire de virement. Pour ça, il faut avoir une carte bancaire de type Visa ou Mastercard. En revanche, les frais peuvent aller jusqu’à 15 pour cent.

Les services spécialisés

Ce secteur s’est accaparé d’une part considérable du marché de transfert d’argent; non seulement en Tanzanie, mais dans la plupart des pays africains. Le faible taux de bancarisation aligne une marmaille des résidents tanzaniens derrière Western Union, Moneygram ou encore Worldremit. 

Pourtant, là aussi, les frais sont très importants. Ces derniers atteignent parfois les 15% en fonction du pays concerné. En plus, chez Western Union par exemple, les frais de conversion (taux de change) sont très différents des taux officiels. Ainsi, il n’est pas étonnant d’avoir des transactions qui coûtent près de 20 % de frais.

Envoyer de l’extérieur vers la Tanzanie

Jusqu’à aujourd’hui, les transferts d’argent vers l’Afrique restent les plus chers au monde. D’après l’ONG Overseas Development Institute (ODI), les frais de transferts d’argent vers le continent africain font perdre chaque année près de 1.6 milliard d’euros. Les coûts que prélèvent les agences de transferts d’argent telles que Western Union, Moneygram ou Worldremit dans certaines régions d’Afrique ne sont pas inférieurs à 10 pour cent.

Moneygram et Airtel Money se sont alliés depuis 2020 dans le but de permettre aux 19 millions de clients d’Airtel de recevoir facilement le virement Moneygram directement dans leurs portefeuilles mobiles. Mais là aussi les frais restent très élevés. Pareille pour la diaspora tanzanienne au RU, Canada, aux Etats Unis, en Afrique du Sud et dans d’autres pays. Ils peuvent envoyer de l’argent directement dans les comptes M-Pesa, Vodacom, Tigo Pesa, Airtel Money… via le magasin Terrapay mais le prix à payer reste énorme.

L’accès aux services de transfert

Contrairement à la plupart des pays de l’Afrique , à l’instar de la RDC et du Burundi, l’implantation des infrastructures financières ne couvre pas équitablement toutes les zones du pays. En Tanzanie, la pénétration de la téléphonie mobile a atteint son apogée. Plus de 85 pour cent de la population ont des téléphones portables. Les agences de transfert d’argent mobile sont presque partout. Selon les données de la Bank of Tanzania (BoT) et de l’autorité de régulation des communications de Tanzanie (TCRA), le secteur de communication a contribué à hauteur de 1.9 pour cent du PIB réel du pays à 2018 avec 859 millions de dollars.

Le problème avec les transfert d’argent en Tanzanie

Les moyens de transfert d’argent, tels que les virements bancaires, le mobile money et les services spécialisés ont largement contribué à accroître l’inclusion financière en Tanzanie. Malgré leurs apports significatifs sur l’économie, ils ne sont pas sans faiblesses. Les sujets qui fâchent souvent sont :

  • La tarification de services : les frais sont très élevés;
  • Le Risque de censure;
  • Les limites en termes de montant (4300 USD pour le mobile money);
  • etc.

Qu’est ce que le bitcoin peut changer ?

Avec l’utilisation du bitcoin , les tanzaniens pourraient se passer des intermédiaires encombrants. En effet, la suppression des intermédiaires dans l’opération de transfert d’argent réduit considérablement les frais. Il est presque gratuit d’effectuer une transaction bitcoin surtout pour les gros montants. Le Lightning Network, un réseau layer 2 de bitcoin permet d’effectuer des micro paiements gratuitement. En plus de cela, l’usage de l’invention de Nakamoto comporte d’autres avantages comme :

  • La décentralisation : Une des forces du bitcoin vient du fait qu’il n’est pas contrôlé par une autorité centrale. Il est ouvert et accessible à tous. Tout le monde peut l’utiliser dans n’importe quel pays sans l’aval de personne. L’absence d’intermédiaire brise les barrières et réduit les commissions appliquées aux transactions. Il accroît également la vitesse de transfert.
  • Vie privée et censure : les transactions se passent de pair à pair, c’est-à-dire entre deux personnes qui ont un contrôle total sur leur argent. Aucune entité ne fixe les règles en ce qui concerne le moment, le montant ni la manière d’effectuer une transaction.

Etat des lieux de l’adoption du bitcoin en Tanzanie

Depuis 2020, certaines autorités du pays adoptent une attitude positive en ce qui concerne les crypto-monnaies. Le gouverneur de la Bank of Tanzania, M. Florent Luoga s’est même procuré un livre qui explique le fonctionnement de ces derniers en langue Swahili.

Avec l’arrivée au pouvoir de la présidente Samia Saluhu Hassan, les choses semblent avoir pris une tournure impressionnante. Lors d’une prise de parole au sujet des crypto le 14 juin dernier, elle avait incité la banque centrale de son pays à se focaliser davantage sur les monnaies numériques. 

« Nous assistons à l’émergence d’un nouveau voyage sur internet »; Elle a ensuite insisté sur le fait que son pays ne doit pas rater le train technologique en appelant les banques à se tenir prête. “Vous devriez commencer à travailler sur ce développement. La banque centrale doit être prête pour les changements et ne pas être prise au dépourvu“.

Les prises de positions de la présidente ont encouragé d’autres acteurs politiques à prendre position publiquement en faveur du bitcoin.  Récemment c’est une députée qui appelait la Bank of Tanzania à investir dans le bitcoin.

Le gouvernement du zanzibar, de son côté, organise des consultations sur une probable adoption des cryptomonnaies. 

Au vu de ce qui précède, tout laisse croire que la Tanzanie a l’intention d’accueillir la vague crypto de la meilleure des façons. Ou alors, ces prises de positions ne sont qu’une préparation du terrain avant le lancement d’une CBDC. Nous allons certainement en savoir plus au cours des prochains mois.

Conclusion

Il est de plus en plus facile d’envoyer de l’argent en Tanzanie. Le mobile money y joue un rôle de taille. Par contre, les frais sont très élevés et les barrières à l’entrée simplement énormes pour une pauvre population. Le secteur des transferts en Tanzanie freine également la liberté en plafonnant les transferts à 4300 USD. Avec une majorité d’acteurs centralisés, on ne peut oser parler de vie privée. 

Le bitcoin pourrait régler la plupart de ces problèmes s’il est adopté dans le pays. En effet, avec l’invention de Nakamoto, les résidents Tanzaniens peuvent s’affranchir de la surveillance financière, des frais exorbitants, de la censure et regagner leur souveraineté monétaire.  

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Fenelon Lamsasiri

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